Capricieuse et la forêt magique

Capricieuse et la forêt magique

Capricieuse était une petite fille polissonne. Elle criait sans cesse pour avoir ce qu’elle demandait sans jamais dire ni s’il vous plaît, ni merci. Ses parents la gâtaient énormément  pour ne pas l’entendre geindre toute la journée. C’était une enfant très jolie avec de longues anglaises blondes et des yeux verts très clairs. Elle avait quelques tâches de rousseur parsemées sur le nez et les joues. Son petit nez pointu et ses lèvres fines lui donnaient un air malicieux.

Bientôt les grandes vacances d’été arrivèrent. Les parents de Capricieuse travaillaient beaucoup, si bien qu’ils décidèrent de l’envoyer séjourner chez sa marraine. Cette dernière s’appelait Goody. Capricieuse détestait aller chez elle car elle ne cédait jamais aux désirs de la petite fille. De plus, les enfants qui habitaient près de la grande demeure de Goody n’aimaient pas beaucoup Capricieuse qui donnait des ordres tout le temps. Dès qu’elle venait jouer avec eux, ils s’enfuyaient à toute vitesse.

« Bonjour Capricieuse, comment vas-tu depuis l’année dernière ? demanda Goody en accueillant la petite fille chez elle.

—   Je veux un cheval, un cheval, un cheval, un cheval, répondit Capricieuse qui se préoccupait plus de ce qui lui manquait que de sa marraine. »

Goody était une femme gentille et très patiente. Elle avait les cheveux gris et tout frisés. Ses yeux étaient d’un bleu étincelant. Elle faisait frémir tous les enfants du quartier quand elle haussait le ton. La seule petite fille qui lui posait des difficultés était Capricieuse. Elle était aussi têtue qu’une mule quand elle avait une idée en tête.

Mais malheureusement pour Capricieuse, elle n’avait pas d’autre choix que de passer tout l’été chez sa marraine Goody. Elle devrait prendre son mal en patience. Elle n’aurait pas un cheval de sitôt même s’il s’agissait de sa nouvelle passion, qui tôt ou tard se révèlerait éphémère comme les autres. Elle finirait bien par trouver autre chose.

« Va t’amuser avec les autres enfants ! ordonna Goody. »

Capricieuse s’élança alors vers les autres bambins qui jouaient dans le grand parc, situé derrière l’imposante demeure de sa marraine. Aussitôt les autres enfants la regardèrent méfiants.

« On joue à Chat perché, tu veux jouer ? demanda un petit garçon.

—   Non, on va jouer à la marelle, déclara Capricieuse qui n’appréciait pas qu’on décide pour elle.

—   Nous, on joue à Chat perché, répondit le petit garçon en s’énervant.

—   On n’a qu’à jouer à cache-cache ! s’exclama une petite fille au regard brillant de malice.

—   D’accord, répondirent le petit garçon et Capricieuse. »

Aussitôt, Capricieuse se dépêcha de trouver une cachette, derrière d’épais buissons. Et elle attendit, longtemps, longtemps, longtemps. Mais personne ne la trouvait. Où donc les autres enfants étaient-ils ? Elle décida de sortir de sa cachette mais les autres avaient disparu. Ils avaient profité que Capricieuse se soit enfuie pour s’évanouir dans la nature sans que la petite fille puisse les suivre ! Ils avaient fait exprès. Capricieuse se mit à pleurer. Voilà que l’été commençait fort mal. Elle rentra chez sa marraine Goody et grimpa dans le grenier à toute vitesse, bien que l’endroit lui fut interdit depuis toujours. Elle ferma la porte à clef et alluma l’unique ampoule qui éclairait d’une lumière blafarde la grande pièce.

Ce grenier était vide et poussiéreux. C’était une déception. Pourquoi lui avait-on refusé l’accès pendant de nombreuses années s’il n’y avait rien à casser ici ? Elle fit quelques pas en avant et tourna sur elle-même. L’endroit était vraiment très grand ! Tout à coup, elle s’immobilisa. Un miroir au cadre doré se tenait devant elle. Elle aurait juré qu’il n’était pas là quelques instants auparavant.

Elle s’avança mais ne distingua pas son reflet sur la glace mouchetée de noir. Ses doigts effleurèrent la surface qui fit quelques vaguelettes. Comme c’était étrange ! Capricieuse avança ses doigts de nouveau et toucha le miroir. Aussitôt sa main disparut au travers de la surface. Elle tenta de la retirer mais c’était trop tard. Une étrange force l’avait faite prisonnière et elle bascula tout à coup au travers du miroir.

Lorsque Capricieuse ouvrit les yeux, elle se tenait au milieu d’une forêt. Cette dernière était luxuriante avec de grands arbres verts et étincelants. Et oui, ces derniers étaient faits de cristaux colorés. Le sol brillait de mille feux. La terre était en réalité un mélange fin et doux de petits grains d’or et de poussière de diamants. La tige des fleurs était faite en émeraude, leur cœur en rubis ou en ambre et leurs pétales en aigue marine. Capricieuse s’approcha d’une belle plante colorée, elle tendit la main pour la cueillir.

« Non ! s’exclama une petite voix derrière elle. »

Capricieuse se retourna, brusquement. Elle était interloquée et avait un peu peur, il faut bien le reconnaître. Elle s’éloigna de la fleur aussitôt et fit face à une fillette qui avait à peu près son âge. Cette dernière avait de longs cheveux bruns, des yeux couleur noisette, la peau dorée par le soleil et des vêtements de peau. On aurait dit une indienne tout droit sortie des livres de contes préférés de Capricieuse.

« Si tu la cueilles, elle va mourir et se transformer en poussière. Je m’appelle Enchantée, dit la petite fille.

—   Alors je ne peux vraiment pas la prendre avec moi ? Elle est si jolie ! s’exclama Capricieuse frustrée en regardant la fleur.

—   Tu peux rester là et la regarder ou même construire ta maison à côté, proposa Enchantée. Mais en tout cas si tu la coupes, tu ne pourras pas la garder, elle tombera en poussière bien avant. Et puis la forêt est déjà assez malade sans qu’on vienne lui ôter ses plus belles fleurs.

—   Malade ? demanda Capricieuse qui était aussi très curieuse.

—   Oui à cause du sorcier Malicieux. Il déteste les habitants de la forêt enchantée et a décidé de les rendre tristes en détruisant la forêt, petit à petit, sans que nous puissions agir. »

En regardant autour d’elle, Capricieuse remarqua qu’en effet, certains arbres avaient quelques feuilles toutes noires. Les cristaux se réduisaient en poussière à mesure que le temps passait. Pendant un moment Capricieuse oublia la fleur et son irrésistible envie de l’emporter avec elle. Après quelques instants, Capricieuse remarqua qu’elle n’avait aucun moyen de rentrer chez elle. Elle était coincée pour de bon dans cette forêt magique !

« Que se passe-t-il ? demanda Enchantée.

—   Je suis toute seule, je me suis perdue je crois, répondit Capricieuse.

—   Mais non tu n’es pas seule puisque je suis là ! Viens avec moi ! fit Enchantée en entraînant à sa suite Capricieuse. »

Cette dernière accepta l’invitation. Tout le long du chemin, Capricieuse lutta pour ne pas ramasser une de ces jolies fleurs de cristal. Les deux fillettes arrivèrent bientôt à un petit village où s’alignaient en rond, autour d’une place centrale, des petites maisons. Les murs de ses maisons étaient faits de diamants et d’opales. Le chaume des toits était en réalité de longs et fins brins d’or. Les pavés de la grande place étaient en onyx. Un feu venait d’être allumé au milieu et déjà les villageois préparaient à manger. Ils accueillirent tous à bras ouverts Capricieuse. Cette dernière ne savait pas bien comment réagir face à tous ces inconnus si bienveillants à son égard. En général, on la chassait, on l’évitait ou on se moquait d’elle parce qu’elle n’était pas très gentille. Mais ici, personne ne la connaissait. Elle essaierait de sauver les apparences aussi longtemps que possible.

Enchantée était aimée de tous. C’était la seule enfant du village. Les enfants étaient rares dans la forêt enchantée. Les habitants de ces lieux vivaient pour toujours et un enfant naissait très rarement. Ainsi, Capricieuse était elle aussi accueillie à bras ouverts. On lui demanda où était son village mais elle ne sut pas quoi répondre. Après un moment de réflexion, elle répondit qu’il était loin et que sa famille aussi. Bientôt, la nuit tomba. Comme chaque soir, les villageois se retrouvèrent autour du feu et se racontèrent des histoires. Mais tout à coup, un brouillard épais, sorti de nulle part, envahit le village. Tout le monde criait et voulait rentrer dans sa maison mais les huttes étaient dissimulées par la fumée.

« C’est Malicieux ! s’exclama un homme dans l’assemblée. »

Capricieuse se recroquevilla sur elle-même. Elle avait peur et tremblait. Que se passait-il dans ce royaume si étrange ? Pourquoi tout le monde criait-il ainsi ? D’habitude c’est elle qui criait et geignait. Lorsqu’elle se releva, le brouillard avait disparu. Aussitôt les villageois vinrent la réconforter.

« Enchantée a disparu ! s’exclama le chef du village. Malicieux l’a enlevée. Qu’allons-nous faire ? se lamenta le vieil homme. »

Tout le monde était désemparé car aucun villageois ne pouvait se rendre au château de Malicieux qui était protégé par un sort très puissant. Tristes et déprimés, les villageois finirent par regagner leur lit. Et Capricieuse, une fois couchée sur son matelas duveteux et bien au chaud, se demanda où dormirait Enchantée ce soir. Enchantée était à présent son amie, sa seule amie. Et depuis que Capricieuse était en sa compagnie, elle avait résisté à toutes les envies qui avaient rongé son cœur. La petite fille ne dormit pas de toute la nuit. Elle était si triste pour Enchantée ! Lorsque le soleil se leva, elle décida de se rendre au château de Malicieux. Il était planté en haut d’une haute montagne.

Après quelques heures de marche en sa direction, elle finit par arriver au pied de l’imposante forteresse. Elle poussa la porte et entra. Elle n’habitait pas dans la forêt enchantée et le mauvais sort qui protégeait le château repoussait uniquement les villageois. Capricieuse se félicita de son initiative. Elle était probablement la seule à pouvoir se faufiler dans la demeure de Malicieux afin de libérer son amie. Elle passa la grande porte et une fois à l’intérieur, elle se retrouva dans une grande salle toute ronde, illuminée par des torches. A petits pas, elle s’avança dans le château et au détour d’un couloir, elle se retrouva dans une immense salle à manger. Une grande table où s’alignaient des panières remplies de bonbons, de gâteaux et d’autres sucreries s’étalaient devant elle.

« Bonjour ma chère enfant, fit une voix mielleuse dans son dos.

—   Vous êtes Malicieux ! s’exclama Capricieuse qui ne se savait pas quoi faire. Où est Enchantée ? »

Aussitôt, Enchantée apparut aux côté de Malicieux. Elle était ligotée et semblait vraiment furieuse contre son kidnappeur.

« Veux-tu des bonbons ? proposa Malicieux en lui tendant la panière. »

Capricieuse approchait sa main quand une petite voix lui dit de refuser. Elle n’était pas là pour se laisser convaincre de manger des friandises mais pour délivrer Enchantée.

« Non. Je veux Enchantée, dit Capricieuse de son air le plus têtu et décidé.

—   Veux-tu un cheval ? demanda Malicieux dont le sourire commençait à s’effacer. »

Le cœur de Capricieuse se serra. Oui, elle voulait un cheval mais l’animal remplacerait-il son amie ?

« Non. Je veux Enchantée, répéta Capricieuse.

—   Veux-tu un petit singe ? Ou peut-être cette jolie fleur de cristal que tu as vu sur le bord de la route ?

—   NON, JE VEUX ENCHANTEE ! cria Capricieuse qui voulait partir avec son amie. »

Et tout à coup le château se mit à trembler. Malicieux regardait partout autour de lui. Si cette petite fille continuait à le défier la forteresse finirait par tomber en poussière, tout comme lui ! Il se dépêchait de lui proposer toutes sortes de choses que les enfants aiment posséder mais rien n’y faisait. Cette Capricieuse aimait plus son amie que tout le reste.

« JE VEUX ENCHANTEE ! cria de nouveau Capricieuse. »

Malicieux explosa en mille poussières noires. Aussitôt, Enchantée fut libérée de la corde magique qui la retenait prisonnière. Les deux petites filles coururent au dehors du château avant que ce dernier disparaisse. Enchantée et Capricieuse repartirent au village.

Tout le monde était très heureux de revoir la petite Enchantée saine et sauve. La forêt n’était plus malade et tout le monde chantait et dansait. Les habitants de la forêt magique félicitèrent tous Capricieuse et donnèrent une grande fête en son honneur.

« Capricieuse ! Réveille-toi ! ordonna la voix de Goody. »

Capricieuse ouvrit les yeux. Elle était allongée derrière les buissons du parc où elle avait trouvé sa cachette alors qu’elle jouait avec les autres enfants. Il faisait déjà nuit. Des policiers se tenaient tout autour d’elle. Elle s’était endormie finalement et avait fait ce joli rêve ! Goody prit la petite fille dans ses bras pour la réchauffer. C’était l’été mais les nuits étaient fraîches. Tout le monde semblait rassuré d’avoir trouvé la petite fille.

« Mais qu’est-ce que c’est ? demanda Goody étonnée. »

Lorsque Capricieuse baissa les yeux au sol, elle découvrit une fleur en cristal. Finalement, elle n’avait peut-être pas tant rêvé que cela ! Elle se promit alors de ne plus faire de caprice et d’être la plus courageuse et généreuse des petites filles.